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Octobre 2004 |
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1) Un peu d'histoire…
Le manuel scolaire intervient historiquement comme un "instrument privilégié de la construction identitaire" et comme un "enjeu politique majeur" car il se réfère à un programme national précis, explique Alain Choppin, du Service d’histoire de l’éducation de l'INRP (Institut National de Recherche Pédagogique). Aujourd'hui, en France, il "favorise l'autonomie et le développement de la pensée critique" mais a connu des "évolutions nettes" au fil des siècles. Son origine religieuse le voue à conférer des valeurs morales. La sécularisation des contenus lui donnera une "fonction référentielle de plus en plus importante" pour transmettre aux jeunes générations les savoirs nécessaires. Le manuel scolaire est souvent objet de polémique car son statut particulier en fait "un élément constitutif de la conscience collective, une émanation de l'idée de Nation".
"La naissance du manuel moderne se situe au 16e siècle, au moment où il quitte les mains du maître pour aller dans celles de l'enfant", reprend le chercheur de l'INRP. Le discours se fait "abstrait, impersonnel et scientifique". A la fin du 19ème siècle s'opère un transfert majeur. Le choix des manuels est remis aux enseignants et la dimension pédagogique devient essentielle : "ce qui importe, ce n'est pas l'action du livre c'est la vôtre. Le livre est fait pour vous et non vous pour le livre", déclare Jules Ferry. A partir des années 1970, les élèves accèdent en masse à des cursus prolongés et l'Etat assure la gratuité des manuels au collège. La société assigne à l'école des fonctions de plus en plus diverses. Il lui est demandé d'enseigner mais également d'éduquer un public "toujours plus hétérogène". Le manuel doit lui aussi assumer des "fonctions multiples" : évaluer l'acquisition des savoirs, faciliter l'appropriation des connaissances, autoriser des lectures plurielles... Arrive alors le concept d'individualisation des parcours. Le manuel qui présentait jusqu’ici des notions hiérarchisées en une suite de chapitres stéréotypés adopte une structure éclatée à laquelle une signalétique particulière, la typographie, la mise en page confèrent un sens. Il "s'instrumentalise aux dépens des contenus" et devient de plus en plus une "boîte à outils" pour les enseignants "facilitant ainsi l'essor du parascolaire". Les enseignants en font une utilisation "différente mais également moins systématique" qu'autrefois. Sa relative complexité (structure réticulaire) le relègue au rang d'un "instrument parmi d'autres" dont disposent les enseignants. L'avènement de la "fonction documentaire" du manuel, considéré sous son aspect de corpus de textes et de ressources, est récent, mais elle est aujourd’hui primordiale dans bien des disciplines. Cette évolution demande "une plus grande formation des enseignants" à l’usage des manuels, d'autant qu'ils doivent en expliquer la pratique aux élèves, remarque Alain Choppin.