Compte-rendu des interventions du séminaire " Numérique et manuels scolaires & universitaires "
Abbaye de Fontevraud - 29 et 30 septembre 2004

Introduction : Des projets toujours plus nombreux
1) Un peu d'histoire…
2) Complémentarité et approche disciplinaire
3) Une situation bien différente dans le supérieur
4) Des systèmes alternatifs à l'édition privée
5) Vers un modèle économique du numérique éducatif
6) Susciter l'intérêt des collectivités
7) Démonstrations de produits
8) Premiers retours d'usages
Conclusion : "séduire", "discuter" ou "imposer" ?

Octobre 2004

6) Susciter l'intérêt des collectivités

Les canaux de distribution communs d'éditeurs comme le CNS et le KNE sont-ils la meilleure façon de se mettre en concurrence ?, interroge Serge Pouts-Lajus, d'Education & Territoires. Cela n'a-t-il pas "un peu affaibli la vitalité créatrice de la concurrence ?" Les enseignants veulent "choisir sur des logiques pédagogiques" et "les canaux affaiblissent peut-être un peu la force du discours". Pour Marie Gaillard, les éditeurs adhérents au KNE "conservent leur indépendance" et, pour essayer un produit, les enseignants auront bientôt accès à la totalité de la ressource et non plus seulement à des démonstrations. Selon Thierry de Vulpillières, représentant le CNS, la spécificité du modèle mise en place par le CNS est que, à la différence de l'ENS où un nombre limité d'acteurs choisissent pour l'ensemble des enseignants, le catalogue CNS laisse chaque enseignant choisir lui-même la ressource de son choix. En aucun cas le dialogue commercial avec les collectivités et le ministère doit amener à priver l'enseignant de son choix qui est le meilleur garant des usages.

Le marché du multimédia éducatif représente 12 millions d'euros, reprend Michelle Barrière, de la société Jériko. Le CNS et le KNE représentent "1 à 2% de ce petit marché". Selon elle, il ne faut donc pas confondre "structuration de l'action commerciale" et "innovation" des outils pédagogiques. Pour François Meyniel, du regroupement d'éditeurs Alliance Numérique, le problème de l'éditeur est plutôt de parvenir à "toucher directement l'enseignant d'un collège de région". Pour éviter "d'attaquer les collectivités en ordre dispersé", ce qui s'avère "plutôt stérile", le monde de l'édition s'est regroupé en associations de type Alliance Numérique, CNS ou KNE. Cette approche leur permet, selon lui, "d'exister face à des collectivités qui ne savent pas vraiment où elles vont". Autre difficulté identifiée par François Meyniel, les enseignants ne sont pas formés à l'utilisation du numérique et ne connaissent que cinq ressources sur les 150 que contient un catalogue. "Beaucoup de ressources très utilisables ne sont pas connues", déplore-t-il.

L'accompagnement auprès des enseignants prend une dimension particulière avec le multimédia, selon Marie Gaillard. Les éditeurs scolaires pourraient s'inspirer des pratiques des éditeurs de logiciels qui, lorsqu'ils lancent un nouveau produit, organisent des ateliers de découverte et des séances de formation pour les utilisateurs, propose-t-elle. "Un effort de ce type doit être fourni auprès des IUFM et des CRDP." Pour François Meyniel, l'accompagnement doit être pensé "en amont au moment de la création des produits, soutenu par le CNDP". Le responsable de l'Alliance Numérique se dit "très enthousiaste pour l'avenir" car les acteurs académiques et institutionnels "se parlent depuis trois ans comme jamais, ce qui est extrêmement positif pour l'avenir". Le manuel scolaire papier s'appuie sur des libraires qui "orientent le choix d'une personne physique ou morale pour tel ou tel contenu", fait valoir François Meyniel. L'édition numérique ne dispose actuellement pas d'un réseau comparable mais Internet peut "changer la donne avec l'émergence d'un modèle économique basé sur l'abonnement".

Le succès du numérique à l'école passe par la banalisation des TIC, considère François Meyniel. Les établissements disposent aujourd'hui de "deux ou trois vidéo-projecteurs avec nombre de problèmes d'organisation pour les utiliser", l'équipement reste donc un axe politique majeur. Avec la décentralisation, existe le "risque" de creuser la fracture numérique entre "régions riches ou pauvres" mais également entre "académies motivées ou non par les outils technologiques". Actuellement, constate-t-il, quatre départements s'engagent depuis 2001 dans une stratégie d'équipement des élèves d'ordinateurs portables : les Landes, les Bouches-du-Rhône, l’Isère et l'Ille-et-Vilaine. A ce rythme, "on y sera encore dans 98 ans et pendant ce temps les éditeurs disparaissent". Il en appelle à une volonté politique forte pour éviter ce "gâchis phénoménal". La Grande-Bretagne consacre 304 millions de livres sterlings pour les ressources numériques, renchérit Thierry de Vulpillières. Il regrette par ailleurs le manque de présence des partenaires français du secteur éducatif lors des appels d'offres européens et parle d'un "effort commun à faire pour mobiliser les ressources vers l'Europe".

Pour Serge Bergamelli, de la Caisse des dépôts et consignations, "l'engagement des collectivités peut venir si le marché se structure". Il apparaît aujourd'hui "éclaté" et les éditeurs présentent "un faisceau d'arguments qui empêche de voir clairement quelle direction prendre". A défaut de trouver un argumentaire unifié, "les éditeurs risquent bien de brûler du cash pendant longtemps et les différents fonds de soutien n'y changeront rien", prévient-il. "Si le monde de l'édition n'est pas capable de structurer un discours, les collectivités ne verront aucun intérêt à agir dans leur sens. Le vendeur doit construire le dialogue avec la collectivité, la balle est dans le camp des éditeurs." Pour François Meyniel, les collectivités "renvoient la balle" au motif qu'elles "ne s'occupent pas de pédagogie".

Pour Denis Fortier, du Conseil général des Bouches-du-Rhône (opération Ordina 13), « le rôle de financeur des collectivités en matière d'acquisition de ressources numériques en coordination avec l'Education nationale est fondamental et nécessite d'échanger des informations avec les autres collectivités confrontées à des déploiements TICE du même ordre. » Cette réflexion pourrait notamment « porter sur les contenus multimédias, l’adaptation de leurs modèles économiques, les modes de tarification actuellement proposés par les éditeurs, la normalisation des plates-formes de diffusion de contenus en ligne, etc. »

Philippe Portelli, directeur du département des ressources et des technologies du CNDP, rappelle le rôle de service public du réseau SCEREN, qu'il définit comme un éditeur de "ressources qui ne seraient pas forcément éditées par d'autres", avec un rôle de diffusion et d'accompagnement des enseignants. Il y a, selon lui, "un problème de lisibilité de l'existant et de ce qu'on peut en faire". Face à ce constat, le ministère de l’éducation nationale  a confié au CNDP la création d'un "pôle national des contenus numériques", travaillant étroitement avec la SDTICE à la définition de "ce que pourrait être un schéma de méta-données destiné à référencer les ressources numériques et les rendre utilisables par les enseignants via un système d'indexation et de recherche ad hoc". Ce "pôle national des contenus" intègre les résultats du SCHENE (Schéma d'édition des contenus numériques pour l'éducation, http://www.educnet.education.fr/res/schene.htm) avec pour vocation de référencer le maximum de ressources en donnant leur origine et en mentionnant si elles sont ou non validées par l'institution. Le CNDP travaille actuellement à la création d'une structure pour que les enseignants aient accès à des ressources sur les usages numériques autour de technologies, comme les tableaux interactifs ou les ENT, ajoute Philippe Portelli. Il s’agit de l’"agence nationale de promotion de l’usage des TICE et du travail collaboratif". "Cela pourrait devenir une brique ENT disponible partout en poste usager."