Compte-rendu des interventions du séminaire " Numérique et manuels scolaires & universitaires "
Abbaye de Fontevraud - 29 et 30 septembre 2004

Introduction : Des projets toujours plus nombreux
1) Un peu d'histoire…
2) Complémentarité et approche disciplinaire
3) Une situation bien différente dans le supérieur
4) Des systèmes alternatifs à l'édition privée
5) Vers un modèle économique du numérique éducatif
6) Susciter l'intérêt des collectivités
7) Démonstrations de produits
8) Premiers retours d'usages
Conclusion : "séduire", "discuter" ou "imposer" ?

Octobre 2004

 

2) Complémentarité et approche disciplinaire

Un rapport rédigé en 1998 par Dominique Borne et consultable gratuitement sur http://www.ladocumentationfrancaise.fr/brp/notices/994000490.shtml mettait déjà en exergue les problèmes soulevés par l'idée d'associer manuels et multimédia. Lors du séminaire de Fontevraud, le doyen de l'IGEN (Inspection Générale de l'Education nationale) reprend un principe qu'il juge essentiel : "concevoir le manuel à l'âge du numérique revient à se dire qu'il faut visiblement un 'plus' en terme de simplification, ce qui ne paraît pas toujours évident". Dominique Borne parle d'un "vrai problème de contenus" pour les établissements "équipés d'un contenant et reliés à Internet mais qui ne savent que faire de cet équipement mis à leur disposition". Le "paradoxe" réside dans le fait de "se sentir toujours à l'âge des pionniers" alors que, matériellement, "tout est en place". Selon le doyen de l'IGEN, "l'échec paraît certain" si le point de départ ne se situe pas dans une "complémentarité" du numérique avec le livre et l'enseignant : "Le tout numérique ne fonctionne pas". Il convient plutôt de "réfléchir aux usages et finalités" car, constate, Dominique Borne, "on ne sait pas si on fait le manuel pour les enseignants ou pour les élèves et j'aimerais bien qu'on le fasse pour l'élève, d'autant  que le numérique permet mieux d'arriver à cela que le papier."

Le doyen de l'IGEN se déclare "réticent" à une approche de diffusion du multimédia dans les classes par la mise en place "d'une technologie sur laquelle les disciplines cherchent à s'adapter". Il préfère les projets qui s'appuient sur les logiques propres aux disciplines et "ne croit pas au modèle universel". A chaque discipline correspondent des besoins spécifiques : la vidéo en sciences de la vie et de la terre, la multiplicité des documents en histoire ou encore les regroupements thématiques en lettres, souligne-t-il. Le numérique ne doit pas non plus "exagérer l'éclatement et la parcellisation du savoir entre disciplines, problème qui existe déjà" dans l'enseignement traditionnel. L'interrogation devrait donc porter sur les réponses possibles qu'apporte le numérique à "l'enjeu du socle fondamental des connaissances".

Le passage à l'ère de la société de l'information "n'a pas à se soumettre à la volonté d'être attrayant car ce n'est pas forcément la caractéristique première du savoir", estime Dominique Borne. "Les zinzins pédagogiques ne sont pas forcément un 'plus', ne confondons pas manuels électroniques et jeux électroniques", prévient-il. La "volonté de plaire" peut parfois receler un "danger". Le numérique ne doit pas non plus remplacer l'enseignant ou dicter son enseignement par un "tout prêt pédagogique". Il trouve par contre une utilité manifeste pour tout ce qui est documentaire en fournissant "un accès pratiquement infini en toutes disciplines", qui permet par exemple de travailler sur des œuvres complètes et pas simplement sur un extrait comme c'est le cas avec le manuel classique. Reste à savoir comment guider les élèves dans cet "océan documentaire", un "redoutable problème".

Autre avantage reconnu au numérique par Dominique Borne, l'interactivité, même si le "risque de tomber dans la simplification" et les exercices élémentaires de type questionnaires à choix multiples est "bien réel". Le vidéo-projecteur semble le support technologique le plus approprié, remarque le doyen de l'IGEN, qui se dit "réticent, sauf cas exceptionnels, au concept d'un ordinateur par élève". Il trouve également "étrange que dans les Landes on en vienne à numériser le manuel papier" et n'y voit pas la "valeur ajoutée". Au contraire du manuel papier, par définition "figé", le numérique devrait, dans l'idéal, permettre aux enseignants de "gagner en autonomie et en inventivité pédagogique". De même, les professeurs utilisent les ENT (Espaces Numériques de Travail, http://www.educnet.education.fr/equip/ent.htm) individuellement alors que ces dispositifs "peuvent être l'occasion d'aider à construire des équipes disciplinaires". "L'usage collectif, en termes documentaires, permettrait de conforter ces équipes, de consolider les enseignements en apportant plus de cohérence", remarque Dominique Borne.

En réponse à une question de Pierre-Louis Ghavam, du Conseil général des Landes, sur le rôle à attribuer aux collectivités quant à l'accompagnement pédagogique, Dominique Borne donne son "sentiment personnel" : "mettre en place des tuyaux sans rien dedans ne pourra pas durer longtemps". Il regrette le "manque de travail préalable" avec les inspecteurs de l'académie de Bordeaux et le fait que "le matériel précède les mentalités". Le dialogue "se fait en ce moment", rétorque Pierre-Louis Ghavam. "Le ministère souhaite un dialogue régulier avec les collectivités et a demandé aux recteurs qu'il y ait, où cela est possible, une contractualisation entre les académies et collectivités, en particulier conseils généraux et régionaux", intervient Benoît Sillard. Il s'agit bien de "partager un objectif commun tout en restant à sa propre responsabilité". Pour Pierre-Louis Ghavam, la question de la "frontière" des compétences réciproques reste mal définie. "Il y a eu par le passé un manque de communication de part et d'autre et cette communication doit devenir systématique à l'avenir", reprend le sous-directeur de la DT, qui juge "dommage d'avoir encore des initiatives prises par des collectivités sans que l'institution soit prévenue." Pour une collectivité, l’"institution" est un vaste océan qui comprend beaucoup d’entités et d’acteurs au sein de l’Education nationale qui souvent sont concurrents parfois rivaux, constate le Conseil général des Landes. Il rappelle que si tous les niveaux de l’"institution" ont bien été prévenus lors du lancement de l’opération landaise (http://www.landesinteractives.net/html/autres/fr/calendrier.htm#), la demande pour l’obtention d’un chef de projet du coté de l’EN n’a jamais obtenu de réponse favorable du ministère de l’époque. Fort heureusement nous sommes entrés depuis un an et demi dans une phase d’échanges très constructifs qui nous amèneront à contractualiser avec l’académie de Bordeaux d’ici la fin de l’année", conclut Pierre-Louis Ghavam.