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Rubrique : Restauration scolaire, sécurité des aliments, éducation au goût

ALIMENTATION ET SANTÉ

Analyse par le Docteur Brigitte LACROIX, Nutritionniste, Médecin de santé publique.

En tant que médecin, je vais traiter de la santé des enfants et adolescents.

La définition du scientifique et la perception de l'intéressé

Selon l'OMS, la santé est un état de bien être physique, psychique et social.

La définition de la "bonne santé" de l'enfant est en fait caractérisée par l'adulte et imposée à l'enfant.

L'adolescence pourrait, sur ce point comme sur d'autres, être considérée comme une période de développement de l'autonomie.

La perception de sa santé par l'enfant diffère profondément de celle de l'adulte.

La santé est d'abord vécue comme l'absence de souffrance ou la conservation de son intégrité physique, en l'absence de facteurs limitant son champ d'action physique et/ou relationnel.

La notion de recherche de bien-être, chère à l'adulte, est sans doute plus floue et cernée tardivement.

L'anticipation est souvent absente et l'investissement dans le futur irréel. La santé est "immédiate", c'est-à-dire momentanée et sans intermédiaire.

Le terme actuellement à la mode de "capital santé", supposant un dénombrement estimatif d'éléments qu'il faudrait thésauriser puis préserver, est un concept typiquement issu du système éducatif.

Sa mise en place se heurte à la difficulté évoquée d'une nécessaire vision de l'avenir et à une absence fréquente d'effets immédiatement perceptibles par l'enfant. De plus, la relation entre son éventuel mal-être et la santé n'est que rarement établie par l'enfant.

La prise en charge progressive entre 10 et 30 ans de ce capital s'effectuera par une détermination de ses besoins et la mise en place de stratégies et d'actions de préservation ou d'amélioration de son état de santé.
 

La santé "nutritionnelle"

Elle ne diffère pas des aspects évoqués sur la santé en général.

Dans de nombreux cas, elle est conçue comme l'absence de carences ou la nécessaire présence de certains éléments. Cette attitude est justifiée aujourd'hui encore dans le contexte d'urgence nutritionnelle.

De plus en plus la dimension de bien-être apportée par l'alimentation est présente. Une notion de "bien-manger" physique, psychique et socio-culturel se développe.

La coïncidence des normes "diététiques" plus médicales et des normes alimentaires socio-culturelles est de plus en plus difficile.

Les problèmes actuels de santé des enfants et des adolescents

Le Haut Comité de Santé publique, dans deux rapports successifs, entre 1995et 1998, est tout à la fois rassurant et alarmiste !

Il est rassurant, car la santé globale de la population de cette tranche d'âge est plutôt bonne et s'est beaucoup améliorée depuis 30 ans.

Il est alarmiste, en raison du taux de mortalité français, classé 1er en Europe, devant l'Espagne et le Royaume Uni.

Les causes des décès sont à 70 % des morts violentes : accidents (de la route et autres), suicides (plus fréquents chez les garçons).

La fréquence des toxicomanies, les troubles dépressifs (7 % des 11-19 ans), la maltraitance et ses conséquences augmentent.

Sur le plan nutritionnel, les enquêtes sont peu nombreuses, difficiles à effectuer, à interpréter et plus encore à comparer, en recoupant les données des sociologues, des épidémiologistes et des nutritionnistes.

1. La situation alimentaire globale française est correcte. La quantité, la disponibilité et la qualité des aliments ne cessent de s'améliorer.

2. Les carences sont exceptionnelles et les subcarences sont le fait de groupes très ciblés et réduits de population.


3. Chez les jeunes, 3 éléments peuvent être retenus :

Qu'en est-il de l'alimentation du grand enfant et de l'adolescent ?

Les tendances du comportement alimentaire de cette population.

Cette alimentation contient :

Cette alimentation est caractérisée par :

Les effets de ce comportement sur la croissance, la santé physique et l'image corporelle

En ce qui concerne les jeunes enfants

Les tendances montrent un excès quantitatif et une surchare en protéines et sucres. Ces comportements :

En ce qui concerne les grands enfants

Ces attitudes entraînent l'obésité, associée à une croissance et une maturation plus rapide.

En ce qui concerne l'adolescent et l'adulte jeune

La mesure de la croissance n'a pas montré de diminution, mais la valorisation particulière de l'image corporelle et la faible perception des nécessités de la croissance :

Sur la santé psychosociale

Le budget consacré à l'alimentation est de plus en plus faible chez les adultes comme chez les jeunes.

La valeur symbolique du repas et de l'aliment et sa fonction de repère social sont en transformation :

La relation avec la réalité matérielle de l'aliment s'efface.

Deux questions "à la mode"

Les allergies alimentaires

On enregistre :

L'alimentation et la précarité

Il faut se méfier des a priori. Les tendances de la population générale (ou éventuellement du groupe socio-culturel) s'appliquent.

Il est inutile d'effectuer une ségrégation et d'ajouter une culpabilisation supplémentaire.

L'enfant est toujours correctement nourri avec les mêmes oublis et erreurs que dans la population générale :

L'adolescent ne prend pas de petit déjeuner et/ou pas de repas de midi par insuffisance de moyens ? Je ne suis pas d'accord, sauf pour les cas extrêmes. Là encore, la tendance est générale !

Il semble que ce qui pourrait être dégagé ici est la différence importante que la catégorie socio-professionnelle (et socio-culturelle) produit dans l'alimentation et surtout dans sa diversité et la variété de ses goûts.

Les liens entre le comportement alimentaire et l'activité scolaire

Une grande prudence s'impose dans nos propos : il existe, en effet, peu de travaux dans ce domaine. On éprouve des difficultés à isoler les facteurs alimentaires. Il y a en outre un risque d'effectuer une catégorisation hâtive et de renforcer les images dévalorisantes.

On déplore :

Attention, cela ne signifie pas qu'il faille se désintéresser de la question. Mais il convient de prendre la santé de l'enfant et de l'adolescent dans sa globalité et ne pas couper l'alimentation des profondes transformations  sociales qui en sont les moteurs.

La place du système éducatif dans l'alimentation

Il me revient, à présent, d'évoquer le système éducatif.

Le point de départ

L'enfant ou l'adolescent possède des modèles alimentaires inculqués par la famille et les médias, mais rarement par l'école ! Pourtant cette dernière reste une source importante d'informations.

Le profil social de la famille est déterminant pour faire écho aux connaissances dans le domaine alimentaire. Si celles-ci ne contrarient pas trop fortement le modèle familial, elles seront admises.

L'élève au cœur de son éducation sanitaire et alimentaire

On note :

L'élève, acteur de son éducation à la santé, est un objectif difficile et lointain.

Quelques actions existent cependant :

Quelques propositions

Le CNA, Conseil National de l'Alimentation, a adopté le 1er avril 1999 un avis et formulé des propositions qui peuvent être résumées en 5 points :

L'éducation nutritionelle n'est pas un métier. C'est une nécessité pour chacun, dans sa qualité de membre du système éducatif, comme dans sa dimension de citoyen.
 


Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 05 novembre 2001
© Ministère de l'Éducation nationale


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