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Rubrique : Maîtrise de la langue

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Partie I : La poésie rapport au monde, aux autres, à soi, à la langue 

La poésie, c’est la " capacité de faire parler la langue comme personne pour tout le monde " (Alain Borer). La poésie sollicite la langue là où personne ne le fait, elle récuse les parlers ordinaires et utilitaires, les stéréotypes, les formules usées… La langue poétique peut ainsi paraître inhabituelle, étrange. Mais cette étrangeté-là n'est pas facilité ou coquetterie, ni hermétisme pour initiés. Elle parle pour tout le monde. En tant que personne, l’élève est interpellé par la poésie : elle retravaille son rapport à sa propre langue, et elle exprime dans son parler un rapport aux autres, au monde et à soi-même. L'élève lecteur de poésie est sollicité par cette rencontre, séduit, inquiété, enrichi, éclairé, amusé, …

La lecture d’un ouvrage complet de poésie, c’est-à-dire d’un ensemble de poèmes que l’auteur a choisi de rassembler dans un certain ordre, restitue cette " consistance " d’une personne mieux que ne peut le faire le poème-page où l'écart de langue n'a pas l'espace de jouer à plein, d'entrer en résonance avec d'autres manifestations. Que le monde soit refait dans le langage, la poésie en donne ainsi l’expérience par la fréquentation d’œuvres nombreuses et variées.

La poésie s’inscrit au croisement de deux domaines que l’école a plutôt coutume de tenir disjoints quand elle identifie les territoires de la maîtrise de la langue et de l’éducation artistique. Il ne s'agit pas de revenir à on ne sait quelle célébration de belles œuvres patrimoniales devant lesquelles faire révérence mais de choisir délibérément qu’à travers des pratiques et grâce à des rencontres avec des œuvres et avec des créateurs, l’école " fasse culture ", sollicite le, les et des sens, c’est-à-dire valorise et nourrisse la capacité d’humanité de chacun. Alors, la culture constitue un fondement et une dimension de l’enseignement ; elle ne se réduit pas à l’événementiel d’une " offre culturelle ".

Que la poésie ait sa place légitime dans l’enseignement de français, c’est affaire entendue dans l’école. On retient le plus souvent au prime abord qu’avec la poésie, on aborde une dimension plus libre de l’usage de la langue dans laquelle la syntaxe peut être bousculée et les règles enfreintes, le lexique recréé, la matérialité sonore et visuelle des mots très largement mobilisée. C’est solliciter le langage autrement que dans ses dimensions utilitaires, fonctionnelles, pour sortir de la conversation ordinaire, de l’expression convenue, de l’écriture d’un texte selon les normes d’un genre.

L'observation plus ou moins minutieuse de cette liberté et de ce que cette liberté permet de dire rassemble alors deux ambitions essentielles de l'enseignement du français : enrichir les moyens langagiers des élèves et subordonner ces moyens à leur compréhension ou à leur dire propres.

La poésie " demande une vie intérieure, un retour sur soi-même… la nécessité d’être soi-même " (Werner Lambersy, poète belge – TDC, mars 1990). Elle la sollicite tout autant. Elle donne aussi accès à la découverte et à l’expression de fondamentaux : origine/fin – sécurité/peur – doutes/affirmations – crises/espérances - présence/absence/solitude – moi/autres - etc.

Les élèves de l’école primaire sont prêts à entrer dans ces voies authentiques de la parole, par-delà même les difficultés apparentes de la langue qui les dit. Difficultés apparentes seulement, car il ne s’agit pas, en poésie, de tout expliquer mais de laisser la langue agir, y compris dans ses points d’obscurité, et de faire confiance au poème qui travaille la langue autant qu'à celui qui le reçoit, " en sourdine ".

Inviter à éprouver son rapport aux autres, au monde et à lui-même grâce aux fréquentations de poètes, c’est un des enjeux que les programmes proposent d’affronter en engageant dans une approche régulière de la poésie. Sur une année, sur toute la scolarité, ce sont des itinéraires que l’on balise, une progression qui se construit, des interpellations qui se répondent et des choix qui se corrigent ou se fortifient. Ce cheminement doit laisser des traces ; c’est aussi en revenant sur ses choix d’avant que l’enfant se verra avancer, grandir.

Propositions d’activités pédagogiques générales

Choisir un recueil

Il convient d'encourager un rapport personnel à la poésie : trop souvent encore, c'est la sélection du maître ou du manuel qui s’impose comme la seule lecture de poésie de l'élève. Pour que chacun puisse faire son choix, on mettra à disposition des élèves, si possible dans un espace de la classe aménagé en lieu de consultation et de lecture, un grand nombre de recueils. Les élèves auront, pendant une quinzaine de jours par exemple, la possibilité d'explorer à l'envi ces recueils, de les feuilleter, de grappiller, de déguster, de rejeter... des poèmes ou des bouts de poèmes. Ils savent qu'ils peuvent, au moment où ils pensent avoir trouvé un recueil qui leur convient, l'emprunter et qu'ils auront la possibilité de parler de leur choix au maître et à leurs camarades.

Déambuler dans le livre que l’on a choisi

La quantité de livres mis à disposition permet un travail individuel. Le maître incitera chaque élève à expliciter le cheminement qui l'a conduit vers le recueil retenu et à exprimer les raisons qui lui ont fait confirmer ce choix : qu'est ce qui a fait écho en lui ?

La confrontation de ces cheminements ouvrira de nouvelles perspectives de lecture à tous et guidera l'approche de nouveaux corpus : pour d'autres explorations, on pourra constituer des duos sur un même recueil, et convenir de modes d'observation communs pour présenter ensuite les recueils.

Entrer dans des recueils selon un mode ludique

L'approche personnelle autonome n'est pas une pratique évidente pour tous les élèves. On peut donc imaginer des démarches ludiques, les proposer à de petits groupes d'élèves, mais on veillera également à les proposer en activité individuelle pour favoriser précisément une approche personnelle pour tous :

Ce qui doit rester essentiel dans ces démarches, c'est l'approche par la lecture, par les sens perçus ou entrevus, et l'explicitation des mises en relation.

Confronter les manières de dire, les réceptions

Au-delà des échanges sur les choix et les parcours personnels, il importera d'organiser des confrontations de lectures communes. Plusieurs élèves auront choisi un même auteur, voire un même poème de cet auteur. Chacun pourra proposer sa manière de le ressentir en faisant entendre aux autres sa manière de le dire. Les "mises en voix" de chacun permettront de tisser des réseaux d'interprétation en croisant les sens possibles ; on évitera la lecture normée, voire stéréotypée. Même les petits incidents ou accidents de lecture pourront donner lieu à des élaborations de sens par les étonnements et les interrogations qu'ils provoqueront, par les pistes à la création qu'ils ouvriront.

On pourra aussi se mettre d'accord sur un choix de poèmes que toute la classe prendra plaisir à "se mettre en bouche".

La mise en place d'un magnétophone en accès autonome sera l'occasion pour chacun (élèves et maître) d'évaluer son apport, et pour le groupe de réécouter les différentes propositions, de pouvoir en comparer et en analyser les effets sur le sens et la réception induite et de prendre conscience finalement que "le texte n'a de signification que par ses lecteurs" (Michel de Certeau).

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Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 01 mars 2004
© Ministère de l'Éducation nationale


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